Mes légumes bio sont-ils végans ?

Ou plus exactement « un végan peut-il manger mes légumes ? »

J’ai grandi avec le principe que la viande était l’élément central d’un plat. Tout le reste n’était qu’accompagnement. Puis, il y a une quinzaine d’années, j’ai évolué vers une alimentation peu ou pas carnée, en devenant flexitarien. C’est ensuite que j’ai choisi de devenir paysan pour – entre autre – produire de meilleurs légumes et fruits que ce que je trouvais dans le commerce et sur les marchés.

Depuis je rencontre régulièrement des gens aux régimes variés : omnivore, flexitarien, végétarien, végétalien ou végan. Et c’est en discutant avec l’un d’eux que j’ai pris conscience que mes légumes n’étaient sans doute pas végans !

Le véganisme en 2 mots

Vous trouverez facilement des définitions plus complète que celle-ci, mais pour faire court : « le véganisme est un mode de vie consistant à ne consommer aucun produit issus des animaux ou de leur exploitation« . Comme mes fruits et légumes sont produits et récoltés à la force de mes petits bras, et sans traction animale, ça devrait aller, mais…

La fertilité des sols en agriculture biologique

La fertilité des sol en bio est assurée de plusieurs manières :

  • jachère, ou jachère pâturée – assez rare aujourd’hui,
  • rotation avec engrais vert de légumineuses
  • apport de compost et/ou mulch végétaux
  • apport d’engrais organique du commerce

Et de nombreuses variantes de ces 4 techniques. Mais en France (ailleurs je connais beaucoup moins bien, donc je n’en parle pas), chez la très grande majorité des maraichers bio, on utilise des engrais organiques.

C’est quoi un engrais organique ?

Derrière ce joli mot « organique » se cache une définition simple : « issu du vivant » , et une longue liste dite « annexe 1 du règlement AB« . Ces engrais peuvent être constitués de poudre d’algue, de tourteaux végétaux, mais le plus souvent ils contiennent aussi des « déchets d’abattoirs » (sang séché, poudre de corne ou d’os, viande hydrolysée, etc). Dans la pratique, chez tous les maraichers bio que je connais, on retrouve des sacs d’engrais organiques. Personnellement j’en utilise aussi. Peu, et rarement, car je gère ma fertilité surtout grâce à des apports de fumier du centre équestre voisin. La majorité des légumes bio sont donc produits grâce à des déchets (transformés en engrais) ou co-produits (fumiers frais ou compostés) issus de l’exploitation animale (élevage pour l’alimentation ou les loisirs). Alors sont-ils végans ? D’après la définition citée au début : non.

En revanche, les légumes produits en agriculture conventionnelle (non-bio) poussent le plus souvent grâce à des engrais minéraux, issus soit de carrières, soit de l’industrie (synthèse de l’azote de l’air par exemple). De ce point de vue, ils respectent donc la définition du véganisme.

Végan et bio sont incompatible ?

Mince alors ! on ne peut donc pas être végan et manger bio ? Si. Techniquement c’est faisable en gérant la fertilité des sols uniquement pas des engrais vert et des apports de matière organique 100% végétale, mais il faut savoir qu’aujourd’hui, chez la plupart des producteurs bio, (céréales, fruits, légumes) ce n’est pas le cas. Mais les choses bougent, et je croisent de plus en plus souvent des agriculteurs qui s’organisent et se forment afin d’éviter – pour des raisons éthiques ou économiques – d’avoir recours aux engrais organiques.

Vous êtes producteurs et vous n’utilisez aucun produit issu de l’exploitation animale ? Faites-vous connaitre ci-dessous dans les commentaires en expliquant vos pratiques. Et si vous êtes végans et que vous découvrez un peu le dessous des choses, n’hésitez pas à partager cet article et à réagir dans les commentaires.

Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

 

Crédit photo 1: Ella Olsson

Crédit photo 2 : Jérôme Boisneau

3 Comments on “Mes légumes bio sont-ils végans ?

  1. Bonjour,
    Deux petites remarques :
    Première remarque. En conventionnel, effectivement, on n’utilise pas d’engrais organiques. Mais on utilise des pesticides et des machines pour labourer le sol. On tue donc des animaux (insectes avec les pesticides, vers de terre et autres habitants du sol avec les machines, sans compter toutes les victimes indirectes privées ainsi de leur nourriture, essentiellement des oiseaux). L’agriculture conventionnelle n’est donc pas végan, voir pire que la bio, au regard de la quantité de vies animales supprimées par les pesticides et les engins de travail du sol.
    Deuxième remarque. Avec un engrais organique purement végétal, où trouve t-on le phosphore, indispensable à la croissance des plantes ? Il me semble qu’il ne se trouve que dans les déjections animales, ou sous forme d’engrais minéral extrait dans des mines loin de chez nous.

    • Bonjour Sophie et merci pour vos remarques qui vont me permettre de compléter l’article.
      En Bio, on utilise aussi des insecticides (mais d’origine organique, type pyrètre, roténone, neem etc, ou à base de BT) et des fongicides (bouillies bordelaise…). Et le travail du sol est aussi courant qu’en conventionnel (moins chez certains, plus chez d’autres) notamment car il permet de controler les adventices (bien plus facilement traitée aux herbicides en conventionnel).
      Quant aux éléments indispensables à la vie des plantes, s’ils ne sont pas apportées par des (gros) animaux, ils peuvent être produits sur place si la vie du sol est très présente. A moi donc, en tant que paysan, de la favoriser et même stimuler pour qu’elle soit intense 🙂
      Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

  2. Bonjour !
    Bien vu comme analyse.

    Pour les crottins/fumiers d’équidés, même chose? Est-ce qu’on devrait considérer de la même façon, qu’il s’agisse de « chevaux de compagnie »ou d’élevage?

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