Faut-il tailler les tomates ?

C’est l’éternelle question de nombreux jardiniers et maraichers, et qui fait d’ailleurs souvent débat ! J’ai longtemps laissé mes plantes se débrouiller toutes seules. Puis j’ai essayé de tailler. Aujourd’hui, je taille tout (sauf les tomates à port déterminé – buissonnant – qui ne se taillent pas).

Edit : suite à de nombreux commentaires (soit  ci-dessous soit sur Facebook) je me permets d’ajouter cet « encart » pour préciser que la taille dont je parle ici ne concerne que la suppression de ce qu’on appelle communément des gourmands, c’est-à-dire ces petites pousses qui démarrent à la base des feuilles, et qui vont former à leur tour de nouvelles tiges (dites secondaires). Il existe d’autres façons de tailler que je ne pratique pas. Que tous ici en soient remerciés.

Le jardinier et le pied de tomates n’ont pas le même objectif

Mon objectif principal est de produire des tomates qui sont bonnes (au goût), mais il faut aussi – objectif secondaire – qu’elles produisent beaucoup, tôt dans la saison, qu’elles prennent le moins de place possible (dans la serre, les m2 sont encore plus optimisés qu’en plein champs), et que j’y passe le moins de temps possible (tout compris, du semis à la vente en passant par la taille, l’irrigation, la récolte etc). Dis comme ça, on pourrait trouver mes objectifs un peu « productivistes », avec les dérives potentielles en embuscades. C’est pour ça qu’il faut toujours revenir à l’objectif principal : des tomates bonnes ! Si je trouvais un moyen de diviser par 2 le temps passé par Kg de tomates, mais qu’elles étaient seulement « moyennes », alors j’aurais tout perdu car mon objectif principal ne serait pas rempli. Pour autant, il ne faut pas oublier que si on veut tirer un revenu de la vente de légumes, alors il faut en produire beaucoup. Et donc y passer très peu de temps par Kg produit.L’objectif du pied de tomates est assez éloigné du mien. Lui, ce qu’il veut, c’est se reproduire. Et le plus possible ! Évidemment, depuis des siècles, les paysans sélectionnent des plantes dont le comportement se rapproche de nos objectifs, mais malgré tout il faut toujours avoir en mémoire que la plante n’a pas pour but de nous nourrir. Pour elle, se faire manger ses fruits n’est qu’un moyen de disséminer ses graines. C’est pour ça que beaucoup de fruits sauvages sont appétants (colorés, sucrés, parfumés…), petits et … plein de graines. Attention cependant, toutes les plantes n’ont pas la même stratégie de reproduction.

Les avantages à tailler les tomates, aubergines, poivrons, concombres…

Optimiser l’espace

Quand je cultivais ces plantes là en plein champs, je ne taillais pas. Ou peu. En effets, elles se développaient moins que sous serre, et la place était moins « comptée ». Maintenant que je les cultive à l’abri d’un tunnel, elles se développent bien plus. En fin de saison, et selon les variétés, les tomates font entre 3 et 5 mètres de long. Les aubergines et les poivrons font ma taille (1,75 m). Le fait de tailler me permet de guider les plantes vers le haut, sans qu’elles ne se développent trop en largeur. Ainsi j’optimise l’espace de la serre. Mes buttes font 80 cm de large, et les allées 30 cm (donc un entre-axe de 1,10m entre chaque rang). Et malgré la taille, ça me laisse peu de place pour circuler et récolter.tomate poivron basilic serre concombre

Faciliter la récolte

La récolte représente  environ la moitié du temps passé au jardin. Si je veux gagner du temps, il faut optimiser un maximum cette tâche là. D’autant plus qu’elle doit être faite à une période où il y a beaucoup d’autres travaux. Or, cueillir des tomates sur un pied taillé est plus rapide que de devoir « fouiller » dans une végétation dense. Et pour les aubergines, riches en épines bien pointues, ça permet de récolter sans armure ! Donc plus rapidement et avec plus de confort (les gants et manches longues tiennent chaud dans une serre déjà bien chaude).

Tailler les gourmands permet d’avoir des fruits plus gros ?

Cet avantage est souvent cité par bon nombre de jardiniers. Pourtant, au cours de mes divers essais, je n’ai jamais constaté de différences flagrantes sur la grosseur des fruits. Mais si vous avez constaté l’inverse, dites-le dans les commentaires tout en bas de l’article.

Les inconvénients de la taille des tomates

Et oui, il y en a. Mais le plus souvent cité n’est pas celui qui m’embête le plus :

En coupant les gourmands, on blesse la plante

C’est vrai, et chaque blessure est une entrée potentielle à toute sorte de « cochonnerie ». Pourtant, dans mes conditions de cultures – sous abri, sol vivant, irrigation « comme il faut* », variétés sélectionnées, zéro engrais (même bio) et zéro traitement (même bio) – j’arrive à produire de belles tomates sur des pieds sains. Ça ne veut pas dire que je n’ai jamais constaté de maladies. En revanche, aucun problème sanitaire ayant diminué notablement la production.

Tailler les tomates, c’est long

Au printemps, il faut passer toutes les semaines pour que la taille soit rapide et efficace. Du coup j’en profite pour tuteurer en enroulant le pied de la tomate autour d’une ficelle suspendue. Et pour aller plus vite, je me suis équipé d’un mini-sécateur spécial qui tient tout seul sur la main, tout en laissant libre tous les doigts de la main quand on ne s’en sert pas.

sécateur main-libre taille tomate secateur main libre - hand free scissors - taille tomate sécateur main-libre taille tomate

En effet, la plupart des gourmands sont assez petits pour s’enlever en les pinçant, mais pour les plus gros – oubliés la semaine précédente – il faut un outil. Et pour éviter de sortir le sécateur de la poche toutes les 3 minutes, ce petit outil est bien pratique.

Tailler empêche la plante de pousser comme elle veut

C’est vrai aussi, et on m’a souvent dit « pourquoi tailler ? La plante sait mieux que toi comment elle doit pousser« . C’est encore vrai, mais mon rôle est de l’emmener vers mon objectif (récolter) et non de la laisser aller vers le sien (se reproduire). Même les maraichers et jardiniers en agriculture naturelle ou sauvage ramassent les salades avant qu’elles ne montent à graines. Et quand ils choisissent lesquelles vont porter la récolte de semences, ils vont sélectionner celles qui pomment et grossissent bien, plutôt que celles qui montent vite en fleurs.

Tailler n’est pas compatible avec la permaculture ?

On confond souvent « agriculture naturelle » et « permaculture ». Et même si Bill Mollison et David Holmgren (fondateur de la permaculture) se sont partiellement inspirés de Masanobu Fukuoka (à la base de l’agriculture naturelle), la permaculture est beaucoup plus interventionniste que l’agriculture naturelle. En permaculture, on apprend à investir beaucoup d’énergie (temps, argent …) à la mise en place d’un système pour qu’il en nécessite de moins en moins pas la suite. En appliquant strictement ce principe, on ne cultive pas de plantes annuelles (adieu poivrons, salades, tomates, courgettes et Cie). Mais si on veut quand même des tomates, alors pourquoi ne pas investir une heure à tailler si ça permet à la fois d’optimiser l’espace et à gagner 2 heures à la récolte ?

Et si on s’en remet aux 3 grands principes de la permaculture – prendre soin de la terre, prendre soin des hommes, partager) je ne vois rien qui va à l’encontre de le greffe ou de la taille. La permaculture n’est pas un dogme (il faut faire ceci, on n’a pas le droit de faire cela), mais un outil de résolution des problèmes ayant pour objectif de créer un système nourricier efficace et résilient. D’ailleurs, ma dernière formation en permaculture était avec Stéfan Sobkowiak** sur le verger permaculturel, durant laquelle il nous a appris (entre autres) ses techniques de taille des arbres fruitiers.

Conclusions

Bien sûr, dans des conditions différentes (culture en plein champs, autre climat, …), et avec des objectifs différents (production pour la transformation, ou pour les semences…) j’arriverais sans doute, avec la même réflexion, à des pratiques différentes. Peut-être même que dans 5 ans je relirais cet article avec effroi !

Plutôt que de subir un dogme, je vous invite donc à réfléchir, choisir, tester, changer d’avis… et partager vos idées et remarques entre vous, ou avec moi via les commentaires ci-dessous.

Et pour savoir comment tailler les aubergines, c’est là (en vidéo et en texte)

A bientôt,

Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

*Comment arroser les tomates ? J’expliquerais ma façon de faire dans un prochain article

**Un excellent arboriculteur (et pas que) et très bon pédagogue rencontré à une des superbes formations organisée par Caroline Hébert (www.gaïa32.com)

Recherches utilisées pour trouver cet article :

doit on couper les feuilles des tomates, faut il enlever les feuilles des pieds de tomates, tailler les feuilles des tomatess

17 Comments on “Faut-il tailler les tomates ?

  1. il n’y a pas besoin de couper les « gourmands » tout simplement parce que ça n’existe pas sur un pied de tomate.
    un gourmand, c’est une tige qui se développe sous un point de greffe et qui ne donne pas les fruits ou les fleurs escomptés. Sur un pied de tomates (non greffé), les « gourmands » sont des branches comme les autres au bout desquelles des fleurs et des tomates sont programmés par la plante.
    Les feuilles sont l’usine à amidon qui forme les fruits. Enlever des feuilles est donc contreproductif, sauf en fin de saison, quand on veut que le soleil réchauffe les derniers fruits qui peinent à murir.
    Tout ce qu’on peut enlever, c’est éventuellement des fleurs pour espérer avoir de plus gros fruits, ce qui ne fera pas forcément une plus grosse récolte en poids.

    • Bonjour Jerome,
      ce qu’on appelle communément « gourmand », ce sont les tiges qui se développent à l’aisselle des feuilles principales sur les tomates à port indéterminé. J’aurais sans doute du commencer par le rappeler au début de l’article.
      Les tiges qui repartent de la base (ou sous le point de greffe pour les tomates greffées) sont souvent appelées des « rejets ».
      Ces gourmands dont je parle vont faire des nouvelles tiges, avec des feuilles et des bouquets floraux, et à la base de ces nouvelles feuilles, encore des gourmands, qui vont devenir des tiges etc…
      Quant aux tomates greffées, je n’en n’utilise pas (pas encore ?). Mais l’envie est là d’essayer.
      (edit : j’avais oublié un mot, merci à Jérôme)

  2. je ne comprend pas votre réponse, il manque apparemment des mots.

  3. Bonjour Jerôme, bon article et bon axe de réflexion : optimiser l’espace, le temps et l’argent tout en respectant le vivant. Rien d’incompatible avec la permaculture à mon sens et je rappelle que même Fukuoka n’exclut pas la taille si celle-ci est nécessaire et se justifie. Connais-tu le réseau Maraichage Sol Vivant ? Bonne continuation. Un aspirant permaraicher.

    • Bonjour Thibault, et merci pour tes remarques. Oui, je connais le réseau dont tu parles, j’en fais parti 🙂
      On est de plus en plus nombreux, et tant mieux
      Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

  4. merci d’avoir corrigé votre commentaire.
    on est d’accord, les « gourmands » dont des tiges comme les autres.
    les enlever ne présente qu’un intérêt « ergonomique ».

    • Pas uniquement ergonomique, à la manière des arbres fruitiers, il faut encore que le pied de tomates soit en mesure d’alimenter toutes les tomates qu’il va essayer de produire. Hors, sur un pied trop ramifié on peut craindre que le pied n’en soit pas capable, non ?

  5. Rien à craindre. Tout ce qu’il peut lui manquer, c’est de l’eau si vous ne l’arrosez pas en pleine sécheresse, et quelques nutriments si vous la faites pousser dans du sable. Car si elle n’en est pas empêchée, elle produit la surface de racine qui convient à sa surface foliaire.
    Près de 90% de la matière sèche d’un pied de tomate provient de l’atmosphère et est collecté par les feuilles. Le premier constituant étant le carbone (cellulose, lignine, amidon, sucre…) que les feuillent prélèvent dans le CO2 de l’atmosphère. Et le premier constituant des fruits est l’amidon produit par les feuilles.
    Et chaque branche et programmée pour produire un nombre de feuilles en adéquation avec le nombre de fleurs.
    Les feuilles ne sont pas une charge pour la plante, elles travaillent directement à la production. Tant que les fruits ne sont pas formés, vous n’avez aucun intérêt à limiter le feuillage. Ce n’est qu’après sa formation qu’on peut en enlever, pour l’ergonomie de la récolte (comme on le fait dans les vignes avant la vendange), pour ventiler le pied en fin de saison et favoriser le réchauffement des fruits qui peinent à murir (la tomate est climactérique). Par contre, on peut supprimer des fleurs, les grappes tardives qui ne donneront pas de fruits à temps bien sûr, mais aussi quelques unes sur chaque grappe (plutôt que des grappes entières), pour favoriser de gros calibres.
    Personnellement, j’ai ramassé des tomates de 800 g sur certaines variétés sans pincer un seul soit-disant « gourmand ».
    Faites donc un tour sur cette page, très riche: http://www.lejardinvivant.fr/2016/08/05/taille-des-tomates/

    • Merci Jérôme pour ce lien où Christophe Gatineau fait bien la différence entre plusieurs types de tailles qui peuvent être pratiquées. J’aurais dû commencer l’article par ça, et préciser que je ne parlais (et pratiquais) que de la taille des « gourmands » (enfin, ces tiges qui démarrent à l’aisselle des feuilles 😉 ). Je vais essayer de mettre un encart en début d’article pour le préciser et ainsi faciliter la lecture aux visiteurs suivant 🙂
      Merci donc encore, et à bientôt,
      Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

  6. Bonjour, je trouve que le sécateur est inutile, je taille environ 400 plants de tomate et je fais les concombres dans la foulée, la main suffit bien, même pour ceux oubliés, ils sont simplement pincé un peu plus haut.
    Tailler la journée, quand il faut chaud, c’est mieux, le plant est plus « souple ». On peut aussi laisser les dernières pousses qui « ne veulent pas casser », elles fonctionnent alors encore en tire-sève pour la tête principale.
    Aussi, si l’on a eu un souci de maladie ou du feuillage cassé par le vent, la grêle, le passage d’un animal ou que sais-je encore, on peut au contraire laisser partir une ou deux pousses axillaires et les pincer au dessus de la 2ème ou troisième feuille (chez la tomate c’est mathématique, 3 feuilles, un bouquet, 3 feuille, 1 bouquet, etc…), de cette manière, l’on aura gagné 2 ou 3 feuilles pour alimenter un plant qui a eu de la casse.
    Pratique, de même que l’on peut laisser partir une pousse, laisser 3 feuilles, un bouquet et pincer derrière, sans tutorer, l’on aura ainsi gagner un bouquet qui finira par pendre donc, pour cela il faut s’assurer d’avoir une bonne terre maraîchère. Et l’on peut même dédoubler chaque bouquet de la tige principale avec cette technique et toujours sans palissage. Une vieille pratique permacole. Non c’est une blague! Mais une astuce magique 😉

    • Bonjour Damien,
      Je me suis longtemps passé de ce petit sécateur, mais depuis que je l’ai, je gagne du temps, et les « plaies » dûes à la taille sont plus nettes sur ces « grosses » tiges. Quant à la taille que vous proposez, j’ai bien envie de l’expérimenter cette année. Elle me plait bien 🙂
      Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

  7. Merci de l’article (jérôme) et de ce dernier commentaire (jerome). Je suis bien d’accord que tailler les tomates n’a pas vraiment de sens. .

  8. Depuis 3 années je ne taille plus mes tomates (je n’enlève plus les gourmands) ; je n’ai certes que peu de place dans mon petit potager, mais la non-taille est un choix délibéré qui s’est avéré efficace ; en effet, refusant tout traitement anti-mildiou, j’y suis, comme tant d’autres systématiquement confrontée ; pour éviter la prolifération trop rapide de ce champignon, j’enlève les feuilles malades de mes pieds de tomates très régulièrement (tous les 2 ou 3 jours lors des attaques) ; dans ce cas, il est intéressant d’avoir des pieds de tomates bien garnis en feuillage pour supporter les prélèvements réguliers de feuilles au cours de la saison… car fin octobre, il ne reste plus grand-chose… mais nous avons profité de la récolte…

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