Pourquoi être « seulement » maraicher ?

Quand je me suis installé en 2009, c’était pour être maraicher. Mais il y avait aussi des bâtiments à construire (mini-maison, grange, serre, abris…) une famille à s’occuper (même si ma femme y consacrait déjà beaucoup de temps) et beaucoup à apprendre.

Très vite mon objectif d’être « seulement » maraicher a été transformé, et ce malgré les inconvénients qu’on verra plus bas, car à mon avis les avantages étaient bien supérieurs à tous points de vue. C’est comme ça que je suis devenu paysan en poly-perma-culture.

Les avantages économiques, techniques et humains

Auto-construire est très rentablechalet tiny-house mini-maison

Bien sur il faut être manuel, et savoir apprendre un tas de métiers, mais en plus ça m’a rendu beaucoup plus autonome qu’avant. Pour vous donner une idée chiffrée, j’ai dépensé environ 12 000€ pour construire ma mini-maison (100% matériaux sains et écologiques, et isolation faite par un artisan) plus l’équivalent de 6 mois de travail à temps plein. Si j’avais tout fait faire, la facture aurais dépassé les 40 000€. J’ai donc « gagné » 28 000€ en 6 mois…

Pas tous les œufs dans le même panier

C’est un diction bien connu, qui est repris en permaculture dans un principe qui dit que « chaque fonction importante doit être remplie par plusieurs éléments ». Et sur cette ferme, la production de nourriture est une fonction importante. C’est pour ça qu’en diversifiant mes activités, j’évite une catastrophe si la partie maraichage vient à s’écrouler. Aujourd’hui, en plus des légumes, je produit des fruits, du miel et (bientôt) des œufs.

Ne pas s’user, ni se lasser

Maraicher, évidemment, c’est un beau métier, mais ça peut devenir lassant, voir usant. Alors je préfère anticiper en variant les métiers dès maintenant. En plus, ça participe à diminuer les geste répétitifs, qui sont souvent à l’origine de tendinites et autres TMS (troubles musculo squelettiques).

Éviter d’être débordé

Maraicher à temps plein signifie théoriquement environ 1600H de travail par an. En pratique… bien plus de 2000H. Mais le gros problème est la saisonnalité. Ces 2000H sont très mal réparties sur l’année avec en général un gros pic d’activité au printemps et en été. Et si un maraicher ne fait « que » 2000H par an, il devra en faire presque 1500 en 6 mois. Ce qui entraîne à la fois fatigue, usure, accident mais aussi inefficacité. Car à courir après le temps on fait des erreurs et on prend du retard. On sème trop tard, on repique trop tard on plante trop tard et on récoltera donc moins. Alors qu’en étant à temps partiel sur l’année, et à condition que les autres métiers soient bien choisis, on se retrouve à la pleine saison avec un « petit » temps plein par jour, qui permet de respecter plus facilement son calendrier. Et donc d’optimiser les récoltes sur des cultures mieux suivies.

Travailler moins pour produire plus

En choisissant de diversifier mes activités, j’ai aussi choisi d’orienter mes techniques maraichères vers :

serre printemps courgette tomate concombre
  • la suppression de la mécanisation, qui permet une très forte densité de cultures, ce qui facilite aussi l’efficacité de la surveillance, la diminution des travaux de préparation du sol, et le temps passé à désherber, ainsi que la baisse des coûts (économiques et écologiques) liées à l’achat et à l’entretien de machines.
  • le non-travail du sol, qui, associé à diverses couvertures du sol permet d’augmenter la fertilité du sol, diminuer le temps passé à préparer le sol, et à désherber … mais augmente considérablement le temps passé à apporter et étaler les mulchs. Heureusement, ces opérations se font surtout à l’automne. Donc à un moment ou le planning commence à s’alléger, et où la météo est souvent clémente (chez moi il pleut peu à l’automne, et les températures sont agréables).

En plus de tout ça, être à temps partiel sur le maraichage permet de travailler presque toujours en « moment opportun ». En effet, si je devais travailler 10 à 12 H par jour tout l’été, il y aurait forcément des salades plantées en plein soleil… ce qui entraine à la fois l’usure prématurée du planteur, et une reprise plus difficile pour les salades. Idem pour un sol trop mouillé pour faire ceci, ou trop sec pour faire cela. Savoir et pouvoir travailler au moment opportun est source d’efficacité du travail et de meilleur rendement. Ce qui permet donc en travaillant moins (mieux) de produire plus !

Inconvénients économiques, techniques et humains

Bien sûr, tout n’est pas rose au pays du temps partiel, et voici les principaux inconvénients que j’ai pu répertorier :

Amortissement de matérielsemoir jp1 terradonis

J’ai choisi d’investir 700€ dans un semoir JP1 et j’aurais fait le même choix si j’avais été à temps complet. Pourtant, ce même investissement devra être amorti sur une plus petite production et me coute donc plus cher pour chaque radis semé. En revanche, pour une serre il n’y a pas ce problème : ma serre de 200 m2 m’a couté (presque) 3 fois moins cher qu’une de 600 m2 que j’aurai installé si j’étais à temps complet.

Devenir multi-tâches

Et oui, être maraicher à temps partiel, ça ne veut pas dire être à mi-temps au jardin, et à mi-temps sur le canapé ! Il faut donc se spécialiser dans d’autres domaines, ce qui implique une difficulté à être « bon » dans tous les domaines choisis (sinon on perd tous les bénéfices de la poly-activité), de plus grands besoins en formations, et des activités dont les pics de travail sont décalés.

Difficultés humaines

La première question que pose un maraicher quand il en rencontre un autre est « t’es sur quelle surface ? » Alors forcément, en étant à temps partiel, et avec des cultures très densifiées, je passe pour un amateur…Alors que si on parlait en Kilo produit par m2

Le même problème se pose avec les fournisseurs de matériel (irrigation, filets, serre…) pour qui mes besoins ne représentent pas assez en quantité pour vraiment les intéresser.

Heureusement qu’avec un peu de bon sens et beaucoup de joie de vivre ces deux dernières difficultés sont assez faciles à surmonter 🙂 Et justement, être à temps partiel permet aussi de se garder du temps pour vivre et être heureux. Tout simplement. Prendre du temps pour soi, sa famille, ses amis et ses engagements.

Je connais peu de paysans comme moi, mais je sais qu’il y en a plein d’autres, et j’aimerais collecter ici vos témoignages. Alors s’il vous plait, laissez vos expériences personnelles ci-dessous (dans les commentaires). Je me sentirai un peu moins seul 🙂 Et si vous n’êtes pas (encore) en mesure de témoigner, alors partagez cet article avec vos connaissances et amis, et sur les réseaux sociaux. Merci 😉

Jérôme BOISNEAU

Recherches utilisées pour trouver cet article :

Gautier Van Smevoorde, michael dossin maraichers ensemble

20 Comments on “Pourquoi être « seulement » maraicher ?

    • De rien, et avec plaisir 🙂
      Hésite pas à me contacter par mail pour échanger sur le sujet. Et bonne intervention au Sival !
      Et si je passe vers chez toi, je peux visiter ?
      A+
      Jérôme

  1. Bonjour Jérome,
    je ne sais pas si ma femme et moi sommes dans ta lignée, mais je crois que nous envisageons un peu l’avenir de la même façon.
    Nous ne nous sommes pas axé sur le maraîchage, notre surface exploitable étant petite (27 ares). Nous avons dès le départ fait le choix de la densité et d’une très grande variété de plantations.
    Nous avons opté pour les aromatiques, les petits fruits, puis sont venus les légumes, et enfin les arbres fruitiers.
    Aujourd’hui, sur nos 27 ares, nous avons pas loin de 120 arbres fruitiers (jeunes pour l’instant), une bonne cinquantaine de plantes aromatiques (souvent pérennes), d’innombrables pieds de framboises, groseilles, 14 espèces différentes de fraises (dont des anciennes).
    Nous avons fait le pari du temps long, car nous voulons des arbres sur ce terrain, des arbres de plein vent.
    Nous avons commencé réellement l’aménagement fin 2010 (le terrain a « reposé pendant 4 ans avec mulch tous les ans) par une petite surface, puis nous avons agrandi. Depuis fin 2014, les arbres fruitiers sont plantés, et ils ont résisté à 2 étés très très secs.
    Cette année, le changement vient surtout du nombre de zones à cultiver que nous avons préparé, jamais nous n’avons autant passé de temps sur une année pour cette mise en place. Ceci n’était pas encore possible car le sol n’était pas prêt. Depuis la fin d’année dernière, les champignons sont revenus (grâce à un peu de BRF) et se sont progressivement étendus. Et cette année, enfin, nous avons les traces en surface de l’activité des vers de terre. Il aura fallu 10 ans (ce qui nous fait un point commun sur le temps de mise en place).
    Je vais continuer à te suivre car ton expérience « ruche » (sur l’autre blog) nous intéresse fortement.
    Bonne année 2017 et bonne continuation pour cette année nouvelle.

    • Merci Christophe, et bravo pour votre installation.
      Pour les ruches, c’est une autre aventure, mais très passionnante aussi.
      A bientôt,
      Jérôme

  2. Salut,
    Même expérience démarrée la même année. Même choix de diversification avec l’élevage en plus. Actuellement toujours à temps partiel sur le maraichage privé mais je l’enseigne à temps plein.

      • Salut Jérôme, je réponds à la place de Michaël puisqu’il est mon associé – maraicher. Il enseigne à l’école d’horticulture IPEA La Reid en Province de Liège. Il est également le « boss » de la parcelle maraichère de notre ferme biologique et il anime les travaux pratiques à l’école de permaculture de notre lieu. Voici le lien vers quelques photos du site: http://www.ecolepermaculture.net/blank-qkcza
        Belle continuation à toi 🙂
        Jean-Cédric

        • Salut Jean-Cédric, et merci pour ta réponse.
          Bravo aussi pour ce que vous faites chez vous, et si jamais vous descendez dans le sud-ouest, vous êtes invités pour une petite visite 🙂
          Jérôme BOISNEAU

  3. Salut Jérôme,
    Pour nous, c’est un peu la même. Nous sommes dans les Hautes-Alpes. A la base apiculteurs, nous avons diversifié notre ferme avec des poules pondeuses et du maraîchage. Plus la maison à remettre en état et deux enfants et les aléas de la vie…beh oui c’est pas facile mais tellement passionnant! Nous avons environ 200 poules en moyenne et pour le maraichage, nous sommes riquiquis! Je dirai 2000m2… Aussi basé sur l’agroecologie, le travail à la main, nous sommes en train de finir notre serre bioclimatique! Pour nous la difficulté est de tout gérer de front et d’apprendre sur le tas, même l’apiculture nous avons modifié toute notre façon de voir les choses et donc le travail!
    Bon courage à vous pour la saison à venir!
    Clémentine et Jonathan

    • Merci Clémentine et Jonathan pour votre témoignage. Pour l’apiculture, j’ai réuni 10 témoignages très différents sur ce blog :
      http://www.MaPremiereRuche.com
      Et je cherche la meilleure façon de conduire mes ruches pour qu’elles soient le plus « autonomes » possible (et que je ne m’en occupe que peu entre avril et Septembre) tout en produisant assez de miel pour que j’en récolte un peu 🙂
      Bonne saison à vous aussi,
      Jérôme

  4. Bonjour Jérôme,

    quel plaisir de te lire! avec mon compagnon nous sommes aussi maraîcher (sur un hectare). nous pensons aussi qu’il serait bon de se diversifier car comme tu le dit si bien, à temps complet on se retrouve toujours à semer trop tard ou trop tôt et à être finalement débordé! nous pensons donc réduire l’activité maraîchage et faire en plus des fruitiers, des poules pondeuses et une pension pour chevaux. je pense qu’il faut tout de même faire attention en se diversifier ( voir si toutes les activités sont compatibles et si on a le temps pour tout) mais une fois l’équilibre trouvé, je me dis que maraîcher a temps partiel ça doit être beaucoup plus sympa! en tout cas, il me tarde de pouvoir prendre plus de temps à prendre soin de mes plantes et de ne plus courir partout et avoir l’impression d’être en retard en permanence!
    Bonne continuation à toi!

    • Oui, le plus difficile est de se trouver des activités qu’on aime, et avec des pic de travail compatibles.
      Bonne diversification à vous, et merci pour ce retour
      Jérôme

  5. Bonjour jérome ,félicitation pour ton projet ,je m’installe en auvergne en permaculture sur 4 ha avec un demi hectare de maraichage pour le moment ,un mandala de pam et un jardin foret cette année , je trouve chouette ton chalet ,moins de 20m2 au sol ? ou tu a demander un permis ?
    Bonne continuation

    • Salut Tony, le chalet fait 16m² intérieur. Ça semble petit, mais bien aménagé c’est très agréable à vivre.
      Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

    • Je l’ai achetée d’occasion il y a dejà 8 ans… Il faut compter environ 6 euros par m² au sol pour la structure (souvent à démonter, transporter puis remonter) plus les portes. Et enfin, ajouter encore 1 euro pour la bâche. Tu peux aller sur agriaffaires pour y voir des petites annonces.
      Bonne recherche,
      Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

  6. Salur Jérôme,

    j’ai découvert tes projets sur Youtube, ta production permaraichère est plus que crédible, ta petite habitation est géniale et j’adhère complètement à ta conception du mode de vie…

    Je te souhaite de perdurer le mieux possible et merci pour ton témoignage il est enthousiasmant, motivant et inspirant…

    Amicalement
    Gautier

  7. Bonjour, merci pour ces articles. J ai une petite ferme en polyculture élevage crée en 2000. Le maraîchage concerne en rotation prés de 1 ha et quelques serres pour des aromates, tomates poivrons aubergines vignes… les cultures plein champs principales sont : cucurbitacées ( environ 20 variétés) poireau, pomme de terre. Je souhaiterai travailler davantage en permaculture, seulement pour ces 2 dernières cultures le binages mécanique me parait difficile a éviter et parfois un travail du sol pour enfouir les matières organiques ( fumier de bovins plus ou moins composté) avec une terre argilo limoneuse et un sol profond. merci pour vos conseils et partage d expérience. Louis  » les jardins de Toucanne »

    • Bonjour Louis,
      Pour les poireaux, je plante à travers le paillage déjà en place, avec un outils manuel « fait maison ». La plantation est assez longue, mais ensuite il n’y a qu’à arroser (s’il ne pleut pas) puis récolter. Pas de buttage ni désherbage. Et j’ai des futs de 25 à 30 cm de long.
      Pour les pomme de terre, c’est plutôt l’inverse. Je pose les pdt avant de pailler en couche épaisse par dessus. Si tu es mécaniser, tu peux dérouler directement une balle de paille sur tes plants. Pas besoin de butter non plus si la couche de paille est assez épaisse. Je ne peux que t’encourager à faire des essais sur petites surfaces, puis à trouver des idées pour mécaniser.
      Bonne journée
      Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *